D’autres vies que la sienne, la fiction comme liberté, par David Bosc

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L’écriture pour David Bosc est un chemin de voluptés.

Après La Claire Fontaine (2013) et Mourir et puis sauter sur son cheval (2016), les éditions Verdier publient Relever les déluges, un ensemble de quatre récits courts, déjà parus, pour trois d’entre eux, dans L’Humanité, Décapage et La Couleur des jours.

Une nouvelle fois, ce livre est une tentative d’affoler la flèche du temps, et de plonger dans les vertiges et la sensation d’un présent retrouvé/construit par le verbe, qui est une levée de forces lorsque l’on considère, avec une joie effarée au possible, son mystère.

David Bosc construit des tableaux en mouvement.

Cela peut paraître une évidence lorsque l’on est écrivain, mais, chez lui, chaque mot compte.

Farid Imperator (récit 1) : « Devant les murs de Parme, Frédéric a bâti une ville au lieu d’un camp. Il est la Stupeur du Monde et ne doute pas, quand viendra le printemps, de pouvoir écraser ce nouveau nid de Guelfes. Il a cinquante-trois ans, il est heureux, il vient d’échapper à une tentative d’assassinat, et qu’elle ait été organisée par le pape ajoute à son plaisir. »

Il y a du Salammbô de Flaubert dans sa prose, un goût de la démesure dans la mesure du rythme, un exotisme qui est une célébration permanente du divers, des énumérations qui sont des ivresses.

Frédéric/Farid, empereur de l’Occident, est un vrai arabe, fils d’Averroès et d’Ibn Tufayl. Il a échappé aux loups qui bordaient son enfance, veut désormais dévorer la vie, tout connaître, tout vivre.

David Bosc invente une sorte de biographie au galop, qui est un enchantement, un hymne à la liberté.

« Frédéric entre dans les ruines de la ville nouvelle. Ses cavaliers arabes se mettent à pleurer. L’empire s’effondrera bientôt. Quelle importance ? Il n’était fait que de jeux d’écritures. »

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Maintenant, nous sommes au début du XVIIIe siècle avec Honoré Mirabel (récit 2), valet de ferme près de Marseille, à Saint-Jean-du-Désert, rêvant d’échapper à sa condition après avoir échappé à la peste.

Le texte est cette fois écrit à la première personne, c’est un conte, un fabliau, une fantaisie sur le sens même de la richesse.

Miguel Samper est un maçon d’Arganda (récit 3), en 1936, en Espagne. Il veut combattre les fascistes, rejoindre le front de Tolède.

« A l’approche de Madrid, il y avait des tas de types comme moi, qui n’avaient pas même un bagage, qui marchaient seuls ou à plusieurs, entre copains. Certains avaient pris un outil, plus ou moins tranchant, qu’ils portaient sur l’épaule ou à la ceinture. Des fusils de chasse, quelques-uns. »

Au combat, on fraternise, on tue le temps comme on peut.

En permission dans la ville de Valence, Miguel comprend que dans cette guerre les anarchistes sont indésirables.

Passe des avions allemands dans le tison du soleil : « Ils commencèrent à coudre ma compagnie à la route, dans un sens puis dans l’autre, à la façon dont on ravaude les accrocs à la machine. Tout passe, même le pire. Le moment vient toujours où le silence se fait. Quand je relevai le front, je vis devant moi l’œil révulsé d’un cheval. Sa pupille cherchait à fuir la douleur ; ses naseaux s’ouvraient comme deux fois la bouche d’un nourrisson, tétant l’air lourd mêlé de fumée et de vapeur de sang. »

Des deux côtés les petits chefs font régner la terreur.

On se soumet aux lois de la guerre, mais la folie rôde.

Miguel en a assez, déserte, ou plutôt s’en va, simplement, avec ses outils.

Il a froid, marche dans les montagnes de l’Aragon, sauve un homme.

Lui (c’est écrit en italiques) : « Je raconte mon histoire et ainsi, je l’aurai serrée comme une pelote, et je pourrai la jeter loin, loin, au chien qui veut jouer ou par-dessus le mur – une pelote bien ferme et non plus ces lambeaux qui s’accrochent à tout ce que je vois, aux arbres, aux affiches, aux silhouettes sur les chemins, et qui me tombent dessus ou se dispersent quand claque un moteur, une porte, un  verre. »

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Récit 4 : Mathilde descend les escaliers de la gare Saint-Charles de Marseille. En « jupes ahurissantes », « chevelure relevée en couronne », l’air d’une « communarde » tombée dans le XXIe siècle, elle est merveilleuse.

Dans les émeutes, la voici qui prend le mégaphone, hugolienne, ducassienne : « Tristes hommes ! Vous avez en vous une âme épouvantable ! Cessez d’être vous-mêmes et vous deviendrez bons ! »

Denis l’anarchiste, le solitaire, l’aime très certainement. C’est un onagre d’homme, qui participe aux insurrections, en rêvant de communauté des amants.

En attendant, tel un prologue, ils offrent un feu d’artifice aux détenus de la prison des Baumettes.

Le barouf est un bon début.

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David Bosc, Relever les déluges, éditions Verdier, 2017, 96 pages

Editions Verdier

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