Photographier l’éternité muette, par Kevin Lear

Lear1
©
Kevin Lear
2017
courtesy MACK

A glass darkly est le premier livre publié de Kevin Lear, photographe né en 1947.

Prises entre 1971 et les années 1990, à Londres et dans le Kent, ses images sont des visions nécessitant un silence intérieur très profond, de l’ordre d’une méditation de pleine conscience.

Les objets qu’il isole en noir et blanc de la réalité sont des indices, des présages, des intersignes, des entités mystérieuses porteuses d’une éternité muette.

Lear5
©
Kevin Lear
2017
courtesy MACK

Ne photographiant que de nuit, en ville, Kevin Lear rencontre, dans le halo de son flash, des formes d’inquiétante étrangeté, comme si s’entrouvraient les portes de son inconscient.

Kevin Lear perçoit des présences, des angles morts, des chiffons de poussières, des arbres sans gloire, dans une attention fine portée à la surréalité des végétaux et mobiliers urbains, au fantastique né de sculptures nocturnes apparaissant sous son objectif comme des veilleurs, ou des vagabonds fardés de tristesse.

Cependant, l’œil est britannique, c’est-à-dire volontiers facétieux.

Lear4
©
Kevin Lear
2017
courtesy MACK

Il y a aussi de la drôlerie dans ses images rimées, du saugrenu, des farces involontaires, tel le buste d’un policier à l’allure hitchcockienne s’engouffrant dans un métro, le visage caché par des grilles métalliques, dieu Lare de la cité de Churchill, souffleur de théâtre, taupe comique.

Plus loin, c’est le plâtre d’un Apollon remisé dans un magasin d’accessoires, portant une feuille de vigne grotesque et sublime.

Lear7
©
Kevin Lear
2017
courtesy MACK

Si Kevin Lear n’a publié qu’un seul livre, c’est qu’il fallait beaucoup de temps pour saisir ce qui d’habitude se dérobe, cet autre monde au cœur de la nuit.

Après tout, croire aux images est une façon de célébrer le divin incarné.

Les plaques de ciment cassé, les arbres d’arrière-cour, les accumulations de sachets plastiques, les bâtiments sans qualité, le lierre envahissant le mur, ne seraient-ils pas des saints en attente de reconnaissance ?

Lear3
©
Kevin Lear
2017
courtesy MACK

Tout est perdu, tout est sauvé, semblent nous murmurer les images de ce marcheur de nuit, fils spirituel de Magritte et du Réformisme anglican.

Il y a quelques mots sur la page, quatorze vers de Peter Meinke (Sonnet on the Death of the Man Who Invented Pastic Roses), une réflexion du cinéaste Andreï Tarkovski.

La voici : « An image / is an impression / of the Truth, / which God / has allowed us / to glimpse / with our / sightless eyes. »

Lear2
©
Kevin Lear
2017
courtesy MACK

Nous sommes aveugles, les Tables de la Loi sont brisées, et pourtant.

A Glass Darkly03

Kevin Lear, A glass darkly, éditions MACK (Londres), 2017, 96 pages

Lear9
©
Kevin Lear
2017
courtesy MACK

Découvrir les éditions MACK

Lear8
©
Kevin Lear
2017
courtesy MACK

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s